EMPLOIEn janvier 2026, une entreprise de soins à domicile de la région zurichoise a publié sur Jobs.ch une annonce excluant explicitement les candidats nés après 1997 — la génération Z. Le texte évoquait une « culture du certificat médical du lundi et du vendredi » et précisait que la société ne souhaitait recevoir aucune candidature de cette tranche d’âge. Largement reprise par les médias romands, l’annonce a été modifiée après une vague de critiques.
Pourquoi en parler ici ? Parce que cet incident, derrière son aspect anecdotique, met à nu une série de tensions du marché du travail suisse en 2026 — tensions qui concernent directement les candidats internationaux qui s’apprêtent à postuler.
Ce qui s’est passé
L’entreprise concernée, Fit for Care, opère dans les cantons de Zurich, d’Argovie et de Bâle-Campagne. Elle propose des services de soins à domicile, un secteur structurellement en pénurie de main-d’œuvre. La direction a refusé de commenter publiquement la polémique. La mention « pas de génération Z » a fini par disparaître de l’annonce, mais l’offre originale est restée visible plusieurs jours sur Jobs.ch avant la modification.
Un détail juridique mérite d’être souligné : ce type d’exclusion par tranche d’âge ou génération est légal en Suisse. Le droit du travail helvétique ne prohibe pas formellement la discrimination générationnelle dans les annonces, contrairement à ce qui prévaut en France ou dans l’Union européenne. Une clause d’âge serait illégale dans un contrat ; dans une offre, elle relève du registre symbolique et politique, pas du contentieux.
À retenir
La Suisse n’a pas de loi générale anti-discrimination dans les annonces d’emploi comparable au cadre français. Cela ne légitime pas la pratique, mais explique qu’elle n’expose pas l’entreprise à un risque juridique direct.
Les chiffres derrière le cliché
Les données de l’Office fédéral de la statistique pulvérisent le préjugé. En 2024, les 15-24 ans ont enregistré une moyenne de 9,5 jours d’absence par an. Ce chiffre est inférieur à celui des 55-64 ans, la tranche la plus âgée du marché actif, et seulement légèrement supérieur à celui des 25-54 ans. Difficile d’en tirer une accusation propre à une génération.
Plus instructif encore : l’absentéisme a augmenté dans toutes les tranches d’âge au cours de la dernière décennie. Ce n’est pas un phénomène « Gen Z », c’est une tendance de fond du monde du travail post-pandémie, qui touche toutes les classes d’âge à des degrés comparables.
Le sociologue François Höpflinger, longtemps rattaché à l’Université de Zurich, le rappelle régulièrement dans ses analyses : les écarts au sein d’une génération (formation, milieu familial, secteur d’activité) sont nettement supérieurs aux écarts entre générations. La grille de lecture générationnelle relève davantage du marketing que de la donnée.
Le contexte conjoncturel suisse complète le tableau : le chômage est remonté à 3,1 % (environ 152 000 inscrits), les postes ouverts sont passés d’environ 65 000 à 50 000 en un an. Le rapport de force se déplace vers les employeurs — d’où, sans doute, certains débordements dans la rédaction des annonces.
Ce que ça signifie pour les candidats internationaux
Pour un candidat francophone qui envisage la Suisse, le bon enseignement n’est pas « les employeurs suisses détestent les jeunes ». C’est plus précis : le marché suisse a des attentes culturelles spécifiques autour de l’éthique de travail, de la fiabilité et de la posture professionnelle, qui diffèrent sensiblement des codes français. Et ces attentes ne dépendent pas de l’âge.
Quatre valeurs reviennent dans la quasi-totalité des entretiens conduits avec les recruteurs alémaniques et romands :
Les candidats internationaux qui comprennent et incarnent ces codes — quel que soit leur âge — partent avec un avantage net sur des candidats locaux qui prennent leur marché pour acquis. Notre guide complet sur le marché de l’emploi suisse détaille les autres paramètres : permis, plateformes, CV au format helvétique.
Le vrai enjeu : la pénurie persiste
Malgré le repositionnement du rapport de force, les pénuries structurelles ne disparaissent pas. Santé, construction, IT, ingénierie : ces quatre secteurs continuent d’afficher un déficit de candidats qualifiés que le marché peine à combler. Le baromètre Alixio 2026 ajoute un point contre-intuitif : les jeunes actifs retrouvent en moyenne un nouveau poste plus rapidement que les actifs seniors.
Le secteur où l’annonce de Fit for Care a été postée — les soins à domicile — est précisément celui où la pénurie est la plus aiguë de toute la Confédération. Plusieurs experts du domaine ont qualifié l’exclusion d’une génération entière de candidatures, dans ce contexte, de « politique de recrutement à courte vue, voire irresponsable ». La polémique en dit autant sur la stratégie de l’employeur que sur la fragilité du secteur lui-même.
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- RTS — « Offre d’emploi discriminatoire en Suisse : la génération Z exclue des candidatures », 19 février 2026
- 24 Heures — « Pas de génération Z ! : une offre d’emploi exclut les jeunes », 9 février 2026
- Le Temps — « Les jeunes, tous fainéants ? À Zurich, une offre d’emploi discriminant la génération Z fait polémique », 13 février 2026
- Office fédéral de la statistique (OFS) — Statistique des absences au travail 2024
- Baromètre du marché du travail Alixio 2026